Mais qu’est-ce que vous foutez, mesdames ?

251191Jeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, avec une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux tracts situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski se coud les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux logiques périmées du goulag soviétique.

Jour après jour, nous publions dans Un cahier rouge les écrits de Nadejda Tolokonnikova, qui en appellent à une insurrection de la pensée contre tous les pouvoirs. Si les équipes dirigeantes du Kremlin et de la Maison blanche prétendent nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, alors qu’à Ankara et à Damas l’AKP et le clan el-Assad continuent de massacrer leurs populations, nous appelons à incendier les vestiges d’un pouvoir néfaste pour nos vies partageuses, comme Piotr Pavlenski avait pu mettre le feu aux portes du FSB, seul dans la nuit moscovite.

T.

5. Il est une question pertinente à poser aux Pussy Riot : « Mais qu’est-ce que vous foutez, mesdames ? Pourquoi vous ne restez pas tranquillement assises sur votre canapé à boire des bières ? »

Qu’est-ce qui nous pousse à agir ? Je suis réellement en colère de voir que les principales institutions politiques de notre pays sont les forces de coercition : l’armée, la police, les services de renseignement, les prisons. Le tout contrôlé par un quasi-super-héros solitaire et parfaitement cinglé, qui monte à cheval à moitié nu, un homme que rien n’effraie, excepté les homosexuels. Un homme si généreux en amité qu’il a donné la moitié du pays à ses amis les plus proches, tous des oligarques.

En agissant de concert avec toi, nous pourrons établir d’autres institutions.

Début 2012. Nous parlons avec des journalistes, une cagoule sur la tête. Personne n’a jamais vu nos visages. J’ai les jambes qui me démangent à cause des collants. La laine des cagoules nous pique la bouche et les yeux. Elles sont maculées de la sauce des pâtes et des pizzas que nous mangeons pendant l’interview. Par-dessus le marché, nous manquons régulièrement d’y mettre le feu avec nos cigarettes. 

Nadejda Tolokonnikova, How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne

Ose. Ne prie pas. Écoute-toi. Vis.

Nadejda Tolokonnikova, © Fred Kihn

Nadejda Tolokonnikova, © Fred Kihn

Jeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, avec une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux manifestes situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski se coud les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux logiques périmées du goulag soviétique.

Jour après jour, nous publierons dans Un cahier rouge les écrits de Nadejda Tolokonnikova, qui en appellent à une insurrection de la pensée contre tous les pouvoirs. Si les équipes dirigeantes du Kremlin et de la Maison blanche prétendent nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, alors qu’à Ankara et à Damas l’AKP et le clan el- Assad continuent de massacrer leurs civils pris au piège, nous appelons à incendier les vieux symboles d’un pouvoir de plus en plus nuisible à la vie partageuse, comme Piotr Pavlenski avait pu mettre le feu aux portes du FSB, seul et ultime résistant dans la nuit moscovite.

T.

Je ne tiens plus le compte de tout ce qu’on a voulu me demander de faire : ne fais pas ci, ne t’occupe pas de ça, ne va pas là-bas. Les performances, ça ne sert à rien. Les chansons non plus. Les photos – seulement si elles sont correctes. Toutes les idées qui me viennent sont trop audacieuses ou provocatrices.

Je choisis l’action. De temps en temps, je prends un coup sur la tête à cause de ça – toute chose a ses inconvénients. Ose. Ne prie pas. Écoute-toi. Vis.

Le féminisme n’a évidemment rien de naturel pour la Russie et n’y a aucune racine. Le féminisme a pour objectif de détruire les fondements du christianisme. Le féminisme s’emploie à placer la femme au même niveau que l’homme, en lui ôtant ses privilèges. La femme se trouve ainsi séparée de l’homme. Le féminisme détruit la famille. Les droits spécifiques des hommes, des femmes, des enfants détruisent la famille. Si nous sommes gens de foi, nous devons percevoir le féminisme comme un poison qui, s’insinuant dans la conscience de la société et de la famille, rend l’être humain malheureux.
(Déclaration de l’archiprêtre Dmitri Smirnov, porte-parole de l’Église orthodoxe russe)

Nous avons toujours adoré regarder les vidéos de l’archiprêtre sur You Tube. Notre cher petit cœur, il est un de ceux qui a inspiré les Pussy Riot. Nous roulions sous la table en regardant ses interventions – et à force de nous écrouler de rire, nous avons eu l’idée un jour de créer un groupe punk féministe.

Nadejda Tolokonnikova, How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne

Nadejda Tolokonnikova, ne vous sauvez pas. Tombez amoureux

Pussy Riot

Pussy Riot

Jeune philosophe rêvant de révolution au pays des révolutions mortes, Nadejda Tolokonnikova fonde les Pussy Riot à 21 ans pour défendre, par une stratégie arrachée aux Sex Pistols et aux manifestes situationnistes, l’égalité des sexes et la liberté absolue d’exprimer sa pensée. Très vite, les Pussy Riot subissent une répression politique habituelle en Russie, et c’est pour les défendre que Piotr Pavlenski se coud les lèvres de fil noir, face au tribunal de justice qui allait condamner les trois jeunes femmes aux travaux forcés, revenant aux logiques périmées du goulag soviétique.

Jour après jour, nous continuons de publier les écrits de Nadejda Tolokonnikova, qui en appellent à une l’insurrection d’une pensée libérée de tous les pouvoirs. Si les clans dirigeants du Kremlin et de la Maison blanche prétendent encore nous asservir, si les €urocrates et les ministres de l’Intérieur européens pensent nous endormir à coups d’état d’urgence, alors qu’à Ankara et à Damas l’AKP et la clique d’el-Assad continuent de massacrer leurs peuples, nous appelons à incendier les vieux symboles d’un pouvoir qui n’est plus qu’une nuisance, comme Piotr Pavlenski avait pu mettre le feu aux portes du FSB, dans la nuit moscovite.

T.

Pussy Riot

Pussy Riot

3. Des raisons pour quitter la Russie, les gens en ont des tas. En général, ils en ont beaucoup moins pour rester. Les raisons qui poussent à rester se révèlent en revanche plus essentielles. On a envie d’y compatir, on a envie de s’y rallier.

— Pourquoi je ne pars pas ? Je vis ici… c’est ici que je ressens des choses, c’est ici que je… tombe amoureuse.

Ne vous sauvez pas. Tombez amoureux.

Moscou, aéroport de Cheremetievo. On vient juste de rentrer de Russie. Le douanier prend mon passeport, le passe dans l’ordinateur, le reprend, l’examine. Décroche le téléphone. Demande :
— Tolokonnikova Nadejda Andreïevna. Elle peut entrer ?
Il écoute les instructions, hoche la tête. Puis tamponne le passeport, m’invite à avancer.
Suivante : Macha. Le douanier entre entre ses données dans la machine et soupire.
— Mademoiselle, qu’est-ce qui se passe d’habitude pour vous à la douane ?
— ???
— Oui, quand vous passez la frontière et qu’un gars comme moi est assis là, qu’est-ce qu’il fait ? Il appelle son supérieur ?
— Honnêtement, je ne sais pas. Pourquoi, j’ai tout faux là-dedans ? Demande Macha en désignant du menton l’ordinateur.
— Pas exactement tout, mais vous savez, ce n’est pas terrible.

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Nadejda Tolokonnikova,
How to start a revolution, 2015, traduit du russe par Paul Lequesne