
◆ L’incompréhensible alchimie de la beauté reste un baume pour nos yeux, quand ils ont regardé beaucoup trop d’images sales. Et les images de Tsahal sont une peste, conçue pour contaminer nos regards et nos pensées. Elles agissent comme ces images d’adolescents à genoux, les mains sur la tête, que la police nationale avait filmées à Mantes-la-Jolie : elles écœurent.
À l’inverse, il existe des images qui ont le pouvoir de soigner et guérir nos regards contaminés, infectés, pourrissant sous l’impact des vidéos guerrières ou policières dont nous sommes envahis.
Ici, le photogramme d’un film de Sergueï Paradjanov, La Forteresse de Souram, un long-métrage soviétique de 1985 qui racontait le destin de Zourab, l’emmuré vivant dans une forteresse qui s’écroule.
Comment ne pas faire le lien avec le peuple de Gaza, emmuré vivant lui aussi dans une prison à ciel ouvert qu’une armée surpuissante bombarde et réduit à l’état de gravats ?
La scène la plus forte du film est celle où des soldats visitent Vardo, la sorcière qui a le don de prédire l’avenir et d’expliquer les mystères d’un monde impossible à comprendre. Quelle solution pour sauver la forteresse qui s’écroule ? Elle suffit de mélanger l’eau à la terre, dit-elle, puis d’ajouter un peu d’or à la boue noirâtre qui s’est formée sous nos yeux.
Où est l’or aujourd’hui dans nos vies ? Le précieux métal qui nous sert à fondre nos alliances, juste avant d’épouser l’être aimé, pour empêcher que la forteresse ne s’écroule en ensevelissant tous les corps sous les bombes ?