
★ J’ai dessiné une clairière pour les chats. Juste devant la fenêtre, j’ai taillé un passage fin octobre pour recevoir plus de lumière, qu’elle traverse tout l’hiver jusqu’à la table où j’écris, là où on prend le café chaque matin.

Avec un sécateur pour les ronces, une cisaille pour les bambous et une tronçonneuse pour le tronc vermoulu du mélèze envahi par le lierre, j’ai ouvert un creux à travers l’épaisseur des feuillages. C’est la lumière du ciel qui peut venir à nouveau envelopper la fumée du café qui réchauffe mes deux paumes à travers mes mitaines. C’est elle aussi qui éclaire les poèmes de Han Kang, à huit heures ce matin, quand je retrouve ses mots juste avant ma journée d’apprenti-menuisier :
Les arbres sont toujours à mes côtés
Là, me reliant au ciel
Leur cimier
Leurs rameaux
Leurs feuilles sont là
Dans les moments où je me sens si vulnérable
Quand mon cœur
Est en haillons
Déchiré en lambeaux
Avant même que je lève les yeux vers eux
Ils sont là, à me regarder
Avant même que mes veines ne se vident
S’ouvrent leurs lèvres vertes

★ Han Kang, Ces soirs rangés dans mon tiroir, traduit du coréen par Claire Mikyung et Jean-Noël Juttet.
★ Les linceuls de Han Kang, par Feya Dervitsiotis, En attendant Nadeau n° 206, 15 octobre 2024.