Venger les mots

N’écris pas
avec des crayons

APPRENDS LES 6300 LANGUES QUE L’EMPIRE ASSASSINE

Serge Pey,
QÀU
NE SOIS PAS UN POÈTE
SOIS UN CORBEAU
NOUS SOMMES
UNE POIGNÉE
DE CORBEAUX
SUR LA TERRE

Manifeste pour une poésie de marche et de manœuvre

Opéra/Partition

ARMÉE INTERNATIONALE
DE LA POÉSIE

Dernier Télégramme, 2009

Dans la grisaille politique où s’organise la mort générale et définitive des poèmes, Serge Pey appelle les poètes à occuper les cimetières. C’est un tract qu’il a écrit et prononcé debout comme un chant, au commencement d’un livre rouge, Venger les mots.

« Parce que la poésie conjugue ses verbes
au centre des dictionnaires brûlés »

« Parce que la poésie est mise à mort »

Et Serge Pey n’est pas quelqu’un qui parle sans attiser le feu qu’il faut pour incendier tous les cimetières d’anciens poèmes assassinés. Dans l’écriture de Pey, la poésie est un acte qu’il faut hisser haut sur ses propres épaules. Les deux épaules d’un homme en marche avec, à l’intérieur de son sac, les manifestes incandescents d’une poésie absolument insoumise.

Quand il écrit par exemple,

« Parce que sur la tombe vivante d’Antonio Machado
nous avons déposé un bâton pour marcher »

c’est qu’il a réellement marché du Mirail, l’université où il enseigne au numéro 5, Allée Antonio Machado, jusqu’à la tombe du poète, au cimetière de Collioure. Parce que Machado est mort à Collure le 22 février 1939, épuisé d’avoir fui les armées franquistes et traversé à pied la frontière espagnole. Trois jours avant la mort de sa mère, dans la même chambre d’hôtel.

 

img_0447_1Ce que Serge Pey appelle une poésie de marche et de maœuvre.

André Velter est poète lui aussi. Et quand le poète Velter parle du poète Pey, c’est immédiat : s’allume face à nous un grand feu d’étincelles arrachées au bois vert d’une langue qui porte encore en elle toute sa sève :

« Accroché à ses bâtons d’écriture comme à des mâts naufragés, Serge Pey tangue et danse, rythme et profère. Il est le troubadour voué à une marche verticale, le trimardeur du verbe à l’avancée violente qui va et vit d’effraction en effraction. Il est aussi celui qui relie l’ensemble des destins foudroyés, des murmures étouffés, des secrets bannis.

Seul à dire, à proférer, il n’est jamais isolé : sa scansion accueille toutes les migrations du sens, toutes les métamorphoses du chant. Il est l’homme que le cri des origines et la rumeur des âges engagent au présent. Il entend et répercute ce qui d’ordinaire se tait : de l’exaltation massacrée au lancinant retour des suicidés de la société, de la jubilation d’être à l’irradiante tendresse des dépossédés. »

Venger les mots est un livre engagé au présent. Bruno Doucey le raconte dans sa préface, en ouverture du livre rouge de Serge Pey :

« Que devient un pays lorsque sa poésie n’est plus le miroir d’une culture, le reflet d’une façon de vivre, de penser et d’être ? La réponse va de soi, ou presque : les civilisations naissent, vivent et meurent : l’air devient parfois si difficilement respirable dans certaines sociétés que les êtres humains courent le risque d’une asphyxie généralisée ; les régimes qui emprisonnent les poètes sont condamnés… non pas simplement à « mourir de froid » comme l’écrivait le poète Patrice de la Tour du Pin, mais à pourrir, comme finissent toujours par pourrir la main du bourreau ou la cravache de l’officier. La poésie est indispensable à la vie. »

« Parce que la poésie est interdite
dans les radios et les journaux

Parce que la poésie est défigurée dans les écoles
au nom de la gymnastique des rhétoriques

Parce que nous avons envie de vomir les lettres
que les mots ne veulent plus

Parce qu’on ne peut plus nous tuer
puisque nous sommes déjà morts »

Je me demande si l’Appel aux poètes à occuper les cimetières a été lu. Et s’il a été lu, quand va commencer l’insurrection. Dans la nuit qui vient, de préférence. Je me demande si les poèmes de Serge Pey sont entendus, quand il lui prend de proférer leurs paroles en pleine rue, ou dans les médiathèques, les festivals où on l’invite. J’attends le jour annoncé des émeutes. Impatient. De plus en plus nombreux à porter l’impatience.

« Parce que nous n’avons plus le choix

Parce que nous allons transformer nos tombes
en quartier général et en poste avancé de la vie »

img_4467En attendant l’insurrection générale des poètes et des corbeaux, Serge Pey entre en solidarité. Des solidarités écrites, et par conséquent vécues, avec Léonard Peltier, leader emprisonné de l’American Indian Movement aux USA, ou Nadejda Tolokonnikova, l’une des Pussy Riot en Russie. C’est dans ces deux poèmes,

PRIÈRE PUNK
POUR
LES PUSSY RIOT

et

ADRESSE
AU
PRESIDENT DES USA
DANS LA LANGUE DES SIGNES
DES INDIENS DES PLAINES
POUR LA LIBERATION
DE LEONARD PELTIER
MILITANT DE
L’AMERICAN INDIAN MOVEMENT
EMPRISONNÉ
DEPUIS 1976

img_4468que Serge Pey dissémine la puissance hors-siècle de sa parole. Il faut les lire, ses poèmes. Laissez tomber vos journaux, vos chroniques, vos éditos qui pleurent sur la violence et la laideur déterminées des trahisons politiques. Laissez tomber la politique, la fausse démocratie mort-née sous l’œil des caméras de surveillance. Laissez tomber les catastrophes financières organisées, les coups d’Etat militaires avortés et les primaires interminables de la politique nationale. L’urgence des vivants qu’on incarcère est ailleurs, et elle appelle nos solidarités brûlantes, incarnées, insoumises au nouvel ordre carcéral. Pour annuler Poutine lisez Pey. Pour court-circuiter le cirque Trump lisez l’Adresse au président des USA de toute urgence :

« je dis depuis Lewisburg
que l’administration
de la vérité a une bouche qui ment »

_______

Serge Pey, Venger les mots, Éditions Bruno Doucey, Paris, 2016 .
André Velter, À pleine puissance, préface au recueil de Serge Pey, Poésie publique, Poésie clandestine, poèmes 1975-2005, Le Castor Astral, Bordeaux, 2006.
Bruno Doucey, Poète en son maquis, préface à Venger les mots, Éditions Bruno Doucey, Paris, 2016 .

Journal de lutte, jour trois : 91 jours de prison pour Asli Erdoğan

« La drôle d’allure de nos petites batailles », avait écrit Thomas Vinau. Dans le septième poème du petit livre bleu, c’était la toute première phrase et ce matin, elle étincelait sur la table où j’écris. Bleu de travail, drôle de titre ! Celui d’un livre de poèmes qui charrient leur pesant de pépites outremer entre les deux mains du lecteur. De l’or bleu, j’ai envie de vous dire, fondu dans la langue des poèmes que Thomas a dédiés, à l’avant-dernière page du recueil, à ceux qui travaillent avec le ciel pour nous tenir debout. À Thierry Metz aussi, poète et maçon, à beaucoup d’autres poètes de rien dont les noms font une jolie petite liste d’alliés substantiels, d’Erri de Luca et Mario Rigoni Stern à Chet Baker, le dernier nom tout en bas de la liste.

Tout d’un coup, au milieu du septième poème du livre bleu, page 15 exactement, Thomas Vinau pose une question qu’on ne peut pas esquiver : « Avez-vous déjà, dans les feux glaciaux du matin, ramassé la buée qui s’échappait du bec d’une buse ? » J’ai quand même réfléchi un moment juste avant de répondre. Longtemps, c’est vrai, j’ai habité une vallée où les buses traversaient le plein ciel en lançant un cri fou que personne n’oubliera. Un cri d’oiseau qui ressemblait à une alerte magdalénienne. Mais ma réponse est non. Au risque de décevoir Thomas, de toute ma vie jamais je n’ai pensé à ramasser la buée qui s’échappait du bec d’un rapace. Encore moins dans les feux glaciaux du matin, je vous avoue. J’en étais triste. Je repensais à l’amitié des oiseaux que j’avais désirée plus d’une fois, dans la forêt qui commençait juste au bout du jardin. Et puis j’ai pensé à Asli Erdoğan, à ce qu’elle écrivait aux prisonniers politiques pour répondre à leurs lettres. C’était avant qu’elle ne soit jetée en prison elle aussi. Elle commençait par aller ramasser un coquillage, une plume, une pomme de pin qu’elle glissait à l’intérieur d’une enveloppe, avec sa lettre où elle venait juste d’écrire qu’elle leur envoyait la mer, le ciel et la terre. Romancière magicienne. Je me suis dit qu’Asli était ce genre de femme, précisément, capable de ramasser la buée tout juste échappée du bec d’une buse.

1472926940000Et puis je me suis rappelé qu’en Turquie, manque de chance, le président de la République  était ce genre de criminel qui enfermait les romancières magiciennes. Surtout si elles lançaient un cri d’alerte en plein ciel. Un salaud, aurait dit Sartre. Et moi je dis une pourriture. Une saloperie absolue de vouloir empêcher une femme pareille de ramasser la buée qui s’échappait du bec d’un oiseau. Le président de la Turquie avait emprisonné la femme qui envoyait la mer, le ciel et la terre aux prisonniers oubliés. Maintenant, la colère m’empêchait de continuer à lire les pépites des poèmes de Thomas. Je me suis dit qu’il nous fallait combattre cette pourriture politique, l’empêcher d’exister une fois pour toutes, lui faire bouffer sa haine qui veut emprisonner et bâillonner tous ceux des écrivains et journalistes ayant tenté, en Turquie, d’empêcher que l’armée et la police de leur pays servent à massacrer la première minorité du pays. Comment combattre une pareille pourriture ? Thomas Vinau avait raison, quand il écrivait « la drôle d’allure de nos petites batailles ». Comment dire mieux ce qu’on fabrique ici, dans les théâtres, au fond des librairies, à lire les petites phrases humaines, trop humaines d’une romancière emprisonnée ?

En Turquie aujourd’hui, la seule pourriture qui mérite la prison à vie a été élue président de la République. Aucun ministre turc, aucun député turc n’a encore songé à ordonner que la police vienne l’arrêter dans son palais d’Ankara, le jette au fond d’une cellule où il pourra compter les jours et réfléchir aux vies et aux familles qu’il a brisées par dizaines de milliers. En quelques mois, et sous prétexte d’un coup d’Etat avorté, Recep Tayyip Erdoğan a transformé l’appareil d’Etat turc en machine infernale qui, au lieu d’administrer et de rendre justice, répand seulement le malheur et la peur dans un pays déjà bien éprouvé.

Alors que pouvons-nous y faire, si loin d’Istanbul, si loin d’Ankara ? Deux jours avant, nous avons lancé un appel. Et maintenant nous avons une bataille à mener. Non seulement nous exigeons qu’Asli Erdoğan puisse sortir de prison. Mais nous voulons qu’à sa place, on y jette l’immonde pourriture politique qu’incarne Recep Tayyip Erdoğan, élu sur un mensonge et devenu le chef suprême des assassins professionnels et fanatiques. Nous sommes nombreux face à l’immonde pourriture présidentielle d’Ankara. Nous sommes des milliers, à travers l’Europe et la Turquie, à demander qu’au lieu de nuire à son pays, le despote aille croupir en prison jusqu’au jour de sa mort.

15056250_10210735372358471_623445787230552295_nEt mercredi 16 novembre, dans un train quelque part en Europe, à l’heure où on part travailler, Ludivine Joinnot déposait des morceaux de papier sur les sièges des passagers. Dans l’express inter-cités de Charleroi, en Belgique et dans les feux glaciaux du matin, une jeune poète déposait à l’attention des passagers des phrases d’Asli Erdoğan qu’elle avait recopiées à la main.

Contre la sinistre laideur d’emprisonner une romancière quelque part en Turquie, la beauté ripostait là où personne n’avait imaginé qu’on puisse empêcher la laideur politique d’étendre encore un peu son empire dans nos vies. C’était beau et violent. À lui seul, le geste de Ludivine portait l’invention d’une insoumission imprévue, d’une révolte impossible à prévoir ni même à contrôler. La force d’effraction de la littérature venait de s’incarner dans le simple geste d’une femme seule, quelque part dans un train. Et ce geste était un geste de résistance. De grande beauté aussi à partager.

« Acte 1, a écrit Ludivine. Abandon d’extraits de son roman Le Bâtiment de pierre dans les trains. Toi, tu es resté au beau milieu d’une phrase que l’aube n’a pas pu t’arracher. Avec dans tes yeux un scintillement cendré. Tu as allumé la dernière bougie de ta résistance et tu l’as offerte à l’aube. »

Le même jour, pas très loin de Charleroi, Dominique Moreau Sainlez, professeur à l’école d’art de Tournai, annonçait qu’elle lirait des textes d’Asli Erdoğan à ses étudiants de licence. C’est encore un geste incroyablement simple, élémentaire. Un geste profondément politique que nous pouvons, nous, citoyens d’une Europe encore démocratique, décliner chacun à notre manière, en inventant une manière de dire Non ! Non et non, maintenant c’est terminé. En imaginant une manière inédite de refuser l’incarcération d’Asli et des milliers de prisonniers politiques turcs dont elle n’avait jamais cessé, seule elle aussi, de prendre la défense en écrivant dans les journaux.

Alors on continue d’inventer. Comme inventent les romanciers, les auteurs de théâtre, les paroliers de chansons-pour-la-joie-de-chanter-dans-les-rues, les poètes obstinés à construire un monde qui serait un refuge et non plus un enfer. Et le même jour, le mercredi 16 novembre 2016 qu’Asli Erdoğan allait passer dans la prison des femmes de Bakirköy, n’oublions pas, le Conseil Permanent des Ecrivains a écrit une lettre au président de la République, dans son palais de l’Elysée : « Puissent nos mots, ceux des auteurs réunis au sein du Conseil Permanent des Ecrivains, mais également ceux des nombreux pétitionnaires et individus indignés par le sort fait aux journalistes, pamphlétaires, dessinateurs emprisonnés injustement à travers le monde, être entendus et respectés : nous demandons la libération immédiate d’Asli Erdoğan et de Necmiye Alpay. » Le même soir, la ministre de la Culture et de la Communication déclare, dans un entretien pour Livres Hebdo, qu’elle juge « intolérable » la détention d’Asli Erdoğan.

C’était « la drôle d’allure de nos petites batailles » qui continuait. Et ça continuerait encore les jours suivants, en novembre 2016 et peut-être en décembre, jusqu’à la libération et l’acquittement d’Asli Erdoğan. Le soir, Ricardo Montserrat était venu m’écrire une petite phrase d’espoir sur mon mur. Une phrase que je n’ai pas envie d’oublier. Pas tant que la lutte n’aura pas abouti, victoire de tous ceux qui auront transformé les écrits d’Asli Erdoğan en paroles d’éspoir. Lui, l’ami rusé qui avait combattu Pinochet dans les rues de Santiago-du-Chili, il avait juste écrit Allez. Encore un effort. La clé est en train de tourner dans la serrure.

J’adorais ces trois phrases. Elles ressemblaient à un drapeau planté en haut d’une barricade.

Plus puissant que la boue de Baudelaire

img_4115D’emblée le matin je sais quand je vais avoir besoin d’un poème. Il y a des matins sans, où on part apporter de la terre et de l’eau au récit qu’on bâtit comme on peut, une histoire encore un peu fragile, un peu bancale mais il n’y en a pas d’autre à l’intérieur du disque dur.

Et puis il y a des matins à poèmes. Quelques dizaines de mots portés à leur puissance maximale, quelques lignes à emporter pour une journée de marche et d’écriture. Je les cherche entre mes livres, en commençant par ceux d’Akhmatova, Savitzkaya, Dimitrova, en allant voir ensuite Valère Novarina dans le Discours aux animaux, et puis la littérature post-exotique ramenée des goulags du futur. Parce que c’est vrai, on ne va pas se refaire à l’âge que j’ai, on va plutôt chercher là où sont les mots-frères, les gisements de l’émerveille hormonale.

Mais ce matin pourtant non. C’est sur le mur d’une amie que j’ai trouvé un poème non prévu. Le poème manquant que j’emporte et que j’envoie sur la toile au passage, pour la joie des partages. Le poème que j’apprendrai tout à l’heure en marchant jusqu’à ce qu’il puisse passer dans mon souffle lui aussi, à voix basse au milieu des étangs, sur les rives du grand fleuve qui s’en va en delta vers le sud.

À mille lieues,
un pavillon pour les fous,
un silence plein les gorges.
Et toute la marge du ciel,
laissée là,
pour les marins
lorsqu’ils rentrent au port.
Les enfants,
des départs,
ne guérissent jamais.

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Ludivine Joinnot, quartier d’été

C’est signé Ludivine Joinnot juste après le martèlement des voix noires, 2Pac & la Buika, le martèlement des voix blanches, Buck 65 & Camaron de la Isla, j’emporte avec moi son poème qui résonne et s’infiltre dans la chaude lumière d’un matin de Camargue.

Le poème où Ludivine m’a écrit quelque chose d’imprévu mais qu’on peut entrouvrir, «Un pavillon pour les fous» c’est le fantôme de Valérie Valère qui revient, encore une fois après la nuit, me parler dans l’écriture d’une femme en vie loin d’ici, du côté nord de la frontière.

Les enfants ne guérissent pas des départs, c’est la loi de l’amour parental et la condamnation des solitudes, c’est sans appel parce que ça termine le poème, alors il faudra du silence, attendre d’avoir passé les tamaris pour reprendre à voix basse, à mille lieues.

On peut voler les poèmes et elle le sait, Ludivine. Là-dessus on est d’accord elle est moi. Elle en refourgue aux enfants des poèmes, les merveilles qu’ont ciselées Prévert et Rimbaud, elle ne fait pas semblant d’être lassée. C’est son métier de femme puisqu’elle aussi est devenue prêtresse du livre à vingt ans, et que ça continue un peu comme un serment.

On peut les emporter dans nos fuites, les poèmes. Faire du recel à l’intérieur d’une besace en faux cuir où quelqu’un a écrit le mot «Aur» , la fin de la misère pour quelques chaines en or qu’on essaie de revendre comme on peut, butin de ferrailleur.

C’est vrai que dans la langue de Ludivine, le mot Aur n’existe pas encore. Il est venu de force et à partir d’une main tsigane, plus puissant que la boue de Baudelaire. Et la même chose qu’un poème recopié à l’intérieur d’un carnet qu’on emporte, on ne sait pas vraiment pourquoi, à l’intérieur du sac noir où j’ai mis mes crayons, l’eau glacée qu’on boira en chemin et la carte IGN des Saintes-Maries-de-la-mer, les noms des baisses et des radeaux au grand pays des tamaris et des hérons à tête blanche.