Le sourire de Nuriye et la mort du tyran

En hiver, pendant les jours de neige de 1984, un loup était entré dans Istanbul. Il venait seul et affamé, surgi d’une forêt primaire qui s’étendait jusqu’aux portes de la ville. La bête a fait la Une des journaux, cherchant sa nourriture dans les rues de Şişli avant d’être abattue au fusil-mitrailleur, dans ce quartier où l’État a fait construire trente ans plus tard un palais de justice pharaonique, tout près des Trump towers qui sont encore un autre symbole de morgue et d’arrogance. C’est dans ce palais de justice que seront jugés, le lundi 19 juin 2017, Ahmet et Mehmet Altan. Le procureur d’Istanbul a requis contre chacun des deux frères la perpétuité multipliée par trois. Jeudi 22 juin, ce sera au tour d’Aslı Erdoğan de comparaître devant ses juges, quatrième audience d’un procès qui s’avère déjà interminable.

Les dieux de la littérature sont en colère : Ahmet Altan et Aslı Erdoğan sont deux immenses écrivains de langue turque, accusés l’un et l’autre d’avoir écrit dans les journaux des articles sans concession, incroyablement courageux tous les deux, au point de prendre inlassablement la défense des peuples et des minorités massacrés par l’État-AKP. Mais Ahmet Altan et Aslı Erdoğan étaient et demeurent aussi deux journalistes insoumis, attachés aux droits de l’homme comme pouvaient l’être Vaclav Havel et Anna Politkovskaïa, d’une manière à la fois intransigeante et joyeuse. Et si je parle de joie, c’est parce qu’il faut aussi une joie démesurée pour affronter la mort quand elle devient un principe politique, une obsession gouvernementale capable de rendre malade tout l’appareil d’ État. Par chance, leurs romans à tous les deux sont traduits en français, qui racontent des mondes très éloignés l’un de l’autre, avec deux écritures aussi divergentes que possible, mais d’une intensité humaine et d’une puissance narrative qu’on ne croise pas souvent, même dans une vie de lecteur affamé comme ce loup dans la neige.

19366358_1499545083400390_458135599127054493_n

Nuriye Gülmen

Pourtant, c’est un autre visage qui plane sur ces procès. Un visage irradié par une joie différente, plus difficile encore à comprendre. Une joie hors des limites humaines que nous connaissons tous. Et un visage devenu maintenant une icône en Turquie, celui d’une jeune chercheuse en littérature comparée qui s’est révoltée, elle aussi, contre le principe politique de la mort systématique, la mort infligée par l’appareil d’État turc à tous ceux qui continuent d’en contester l’iniquité et la violence. Ce visage et cette joie portent le nom de Nuriye Gülmen et j’ai tenté plusieurs fois de raconter son histoire, l’histoire démesurée d’une femme qui a acquis maintenant la stature d’un Gandhi ou d’un Mandela. Aujourd’hui, Nuriye en est à son 104 ème jour de grève de la faim, emprisonnée depuis mai comme son compagnon de lutte, Semih Özakça, un instituteur que son métier passionne au point de risquer sa vie lui aussi, pour continuer de l’exercer. Tous les deux, ils iront jusqu’au bout de leur combat pour la justice, préférant mourir plutôt que de renoncer à leurs droits. Leur courage est un enseignement d’une valeur irremplaçable, et chaque lettre que Nuriye a pu écrire depuis sa cellule est une leçon d’humanité simple et joyeuse.

nuriye2

Lettre et dessin de Nuriye Gülmen

Mais Nuriye a eu un premier malaise cardiaque cette semaine. Elle n’arrive plus à marcher et son état de santé a déjà subi des séquelles irréversibles. Dans son palais, le bourreau qui se prend pour un président de la République de Turquie a d’ores et déjà pris l’apparence d’une ordure sanguinaire, qui laisse mourir deux jeunes passionnés par leur métier plutôt que d’en faire des héros nationaux et de revenir sur ces milliers de limogeages qui ont saigné le pays.

Mais ce que disent les rues d’Istanbul, c’est que le jour où Nuriye va mourir, la révolte prendra feu dans les villes de Turquie et qu’il y aura à nouveau d’autres morts, comme pendant l’occupation du parc Gezi en 2013. Peut-être que le tueur d’Ankara attend ce jour lui aussi. Depuis qu’il a réussi à perdre son référendum truqué en avril, il sait qu’il n’a pas d’autre avenir que sa destitution par un peuple en colère. Comme autrefois Ceaucescu ou Honeker. C’est vrai, il faudra au moins une guerre civile pour déchoir le nouveau sultan d’Ankara, mais nous serons des millions à danser sur sa tombe.

Retour en Turquie carcérale

Istanbul.10

Sur la table, à l’heure du crépuscule, je déplie une carte à moitié déchirée d’Istanbul. Lors de précédents voyages, j’avais marqué d’un K rouge les cafés où j’avais passé des soirées avec Nilay, Asli ou Ayse. K comme kahve, café en turc. K comme kalp, le mot qui veut dire cœur dans la langue de Hikmet. Comme si les salles enfumées des vieux cafés d’Istanbul redessinaient le véritable système nerveux central de la ville, et qu’il fallait continuer d’en vénérer l’étrange litanie, celle des embarquements et des errances entre Europe et Asie, capitale des rencontres sous la pluie et des chiens endormis au milieu des ruelles inondées. C’est là que le peuple des serveurs, des buveurs de thé et des marchandes de fleurs se mêle aux réfugiés et aux voleurs des rues pour inventer une société de haute intensité, sorte de grand bazar des prophéties politiques et des poèmes humanitaires. C’est là aussi que j’aime cette ville, malgré l’extrême violence politique et l’assassinat, mardi dernier, d’İnanç Özkeskin, abattu lors d’un raid policier dans le quartier de Kadikoy, à l’intérieur de la maison familiale qu’il habitait avec sa mère et son grand-père.

inancİnanç Özkeskin était un homme engagé, actif dans le soutien aux prisonniers politiques et son frère, militant du Parti-Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C), était mort lors d’une grève de la faim en prison, en 1996. İnanç était un membre fondateur de l’association Solidarité avec les familles de prisonniers (TAYAD), au sein de laquelle il menait un travail considérable, étant donné la liste interminable de personnes emprisonnées sans jugement depuis dix mois.

En défonçant à minuit la porte de la maison familiale des Özkeskin, en tenant en joue un vieil homme de 90 ans, malade d’Alzheimer, avant de tuer son petit fils sous ses yeux, la police turque a de nouveau donné la preuve qu’après l’échec du référendum, le temps de la terreur politique était revenu en Turquie.

Dans les jours qui viennent, le procès des frères Altan et celui d’Aslı Erdoğan seront une nouvelle étape du processus de terreur générale. Si le 14 juin, la Cour européenne des droits de l’homme a déclaré qu’elle avait commencé à examiner les demandes des écrivains et journalistes Ahmet Altan et Mehmet Altan, les gouvernements et les journaux européens ne veulent pas voir la tragédie que vivent les opposants en Turquie. Ceux qui continuent de défendre les droits des minorités connaissent le risque qu’on défonce leur porte en pleine nuit, qu’on en finisse avec une vie de lutte par une balle dans la tête et une autopsie vite classée. Kalp, le mot qui veut dire cœur dans la langue de Nazim Hikmet, je me demande s’il a encore un sens dans la langue d’Antonin Artaud, dans celle de Paul Celan.

maltepe

Campus pénitentiaire de Maltepe

Istanbul est aussi un brasier, un brasier permanent dont les prisons redessinent, à l’envers, la véritable cartographie de la répression politique en Turquie. Les longs discours de Bekir Bozdag, le ministre de la Justice turc, ont tenté de changer l’image des prisons turques, en vantant ces nouvelles architectures carcérales où les détenus organisent des spectacles auxquels diplomates et haut-fonctionnaires sont régulièrement invités. Dans le quartier de Maltepe par exemple, sur la rive asiatique d’Istanbul et face aux îles des Princes, on parle d’un campus pénitentiaire où trois immenses prisons de type L enferment plus de trois mille détenus. La prison Ln°3 a la particularité de n’abriter que des étrangers, 1582 détenus en tout de 97 nationalités différentes. C’est dans cette prison qu’en 2015, des prisonniers transsexuels espagnols avaient mené une grève de la faim pour protester contre un changement de cellule. L’année d’avant, ce même ministre de la Justice avait envisagé de construire des prisons réservées aux homosexuels, une idée un peu inquiétante dans un pays où règne l’homophobie. Un peu plus loin, à l’intérieur de la même enceinte, une autre prison est dédiée à l’enfermement des mineurs. A l’intérieur, au moins 950 enfants et adolescents apprennent à vivre sous le regard et les ordres des gardiens.

Comment expliquer alors qu’un récent article du journal Hurriyet puisse rapporter l’histoire d’Onur, 15 ans, battu à mort dans une section pour adultes de la prison de Maltepe, à l’étage précisément réservé aux condamnés pour viols. Un autre article, publié par Cumhuriyet, accuse les gardiens de prison qui auraient refusé de secourir la victime. Les prisons de l’ère Erdogan ne sont peut-être pas aussi évoluées que voudraient le faire croire les beaux discours de Bekir Bozdag. Celles d’Istanbul, où dorment quantité de journalistes et d’écrivains, indiquent surtout que le travail d’investigation et l’indépendance de la pensée ne peuvent pas continuer. La liberté de parole est une chose morte en Turquie et les prisonniers politiques se comptent par dizaines de milliers, faisant des prisons les haut-lieux d’une pensée restée libre.

Je veux essayer de dessiner la carte des prisons d’Istanbul, une constellation où İnanç Özkeskin venait parler de droits humains. Il faut commencer par esquisser à grands traits les deux immenses prisons d’Istanbul-Metris, dans le quartier de Bakirköy. C’est là que le journaliste Ömer Çelik a été torturé à l’eau froide cet hiver. C’est là que le 12 mai de cette année, Oghuz Güven, l’éditeur du site de Cumhuriyet, a été enfermé pendant trente jours sans jugement, à cause d’un reportage sur la mort d’un procureur. C’est aussi dans les prisons de Metris, toujours au mois de mai, que la délégation du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) du Conseil de l’Europe s’est rendue, dans le cadre d’une visite périodique. Malheureusement, aucun de ses rapports n’est accessible. Pourtant, c’est devant la prison de Metris que de nombreuses associations turques et internationales se sont retrouvées le 24 juin 2016, pour manifester leur soutien à Erol Önderoglu, représentant de RSF en Turquie, à Sebnem Korur Fincanci, présidente de la Fondation pour les Droits humains de Turquie, et à l’écrivain Ahmet Nesin. Tous les trois avaient été incarcérés à Metris. Parmi les associations solidaires, le syndicat de journalistes Türkiye Gazeteciler Sendikası, la plateforme turque pour le journalisme indépendant P24, Reporters sans frontières, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Ethical Journalism Network, International Freedom of Expression Exchange, International Press Institute, European Judicial Network, Amnesty International et International and European Federations of Journalists. Beaucoup de monde au total, comme un réflexe de survie face à la criminalisation du journalisme en Turquie.

Unknown-5On compte pas moins de dix prisons dans le quartier de Silivri, à la périphérie d’Istanbul, dont une prison de haute-sécurité. Achevées en 2008, elles rassemblent 6000 détenus parmi lesquels l’auteur et journaliste Barış Pehlivan et les onze journalistes de Cumhuriyet. C’est aussi là que fut détenu Can Dündar, l’ancien rédacteur en chef du quotidien qui s’est exilé en Allemagne, et Erdem Gül, son chef de bureau à Ankara. Prisons ultra-modernes, on y expérimente la culture de champignons de couche par les prisonniers, ainsi qu’une boulangerie industrielle capable de cuire 17 000 pains par jour et des tonnes de gâteaux secs.

La plupart des journaux étant basés à Istanbul, on comprend que la construction de nouveaux campus pénitentiaires dans les parages soit une priorité du gouvernement Erdogan. Il va falloir enfermer les derniers journalistes dignes de ce nom en Turquie, organiser des convois spéciaux comme pour les onze employés de Cumhuriyet arrêtés le même jour.

Il existe beaucoup d’autres prisons disséminées à travers Istanbul. À Bakirköy se trouve la prison pour femmes d’Istanbul, capable d’accueillir un millier de détenues. C’est là que Necmiye Alpay et Aslı Erdoğan ont été enfermées pendant plus de quatre mois en 2016. Ebru Firat, une jeune étudiante franco-turque partie combattre au Rojava syrien, y est toujours détenue, ainsi que l’essayiste et journaliste Nazlı Ilıcak, détenue depuis juillet 2016. Certaines journalistes y sont enfermées pour des peines bien plus lourdes, comme Hatice Duman, directrice de la rédaction d’Atılım, condamnée à la perpétuité en 2003.

19257991865_979b-686d8

Centre de rétention administrative de Kumpaki

Côté asiatique, il y a aussi les grandes prisons ultra-modernes d’Ümraniye, trois prisons de type T capables d’accueillir chacune mille détenus, et à Kartal une prison de type H, prévue pour 610 personnes. La logique d’extension carcérale est de toute façon sans limites en Turquie et l’inventaire ne serait pas complet si on ne racontait pas aussi les centres de rétention administrative pour étrangers en situation irrégulière. J’en connais au moins trois. Celui de l’aéroport d’Atatürk, situé à l’intérieur de la zone de transit. De nouveaux locaux viennent d’y être construits pour les demandeurs d’asile, de plus en plus nombreux à arriver d’Iran, d’Afghanistan ou d’Egypte par avion. Un autre centre de rétention existe dans le quartier de Binkılıç. Mais le plus célèbre reste celui de Kumkapi, où a séjourné Elisa Couvert, une étudiante de Paris 8 qui avait pris part aux manifestations du parc Gezi. Kumkapi est un quartier délabré d’Istanbul qui emploie des centaines de réfugiés dans un dédale d’ateliers clandestins. Dans les environs, le centre de rétention a été rebaptisé Misafirhane, ce qui se traduit littéralement par l’« auberge des invités ». Inauguré en 2009, le centre de rétention peut enfermer jusqu’à 560 personnes, selon les chiffres publiés par le Global Detention Project. Les deux premiers étages sont pour les hommes, le troisième pour les femmes et leurs enfants. Tous ou presque sont en attente d’expulsion vers leurs pays d’origine.

Au total, 15 910 personnes dorment dans les prisons d’Istanbul. Une majorité d’entre elles n’ont pas commis le moindre délit, étant seulement opposées à un gouvernement qui a rompu depuis longtemps avec la démocratie, empêchant la justice de fonctionner. Rappelons-nous : au mois d’août 2016, les prisonniers de droit commun ont été amnistiés et libérés pour laisser les prisons aux opposants. Ce qu’on appelle des prisonniers politiques, en somme, confrontés depuis dix mois à des accusations paranoïaques et sans fondement.

 

John Berger – Quand nous lisons une histoire, nous l’habitons

Frame-grab-from-A-Song-for-Politics-John_web

John Berger © Derek Jarman Lab

Quand j’ai appris la mort de John Berger, le 2 janvier de cette année, j’étais à Istanbul avec Ahmet Ergul. Lui avait lu tous ses livres traduits en turc, il les avait beaucoup aimés. J’en avais lus quelques-uns en français, et dans ce café nous étions deux à être vraiment tristes de sa disparition. Il y a eu un assez long silence entre nous, et puis on a trinqué à la mémoire du vieil écrivain. Plusieurs fois si je me souviens bien. Il était tard et dans mon cahier rouge, au milieu d’autres noms d’auteurs qu’il aimait, Ahmet a écrit dans sa langue une phrase de John Berger que j’étais incapable de déchiffrer. Aujourd’hui, six mois plus tard, je suis inquiet pour Ahmet qui a disparu à son tour. Son téléphone ne répond plus, il a quitté son travail à Ankara pour retourner chez ses parents, au bord de la mer Noire. Je n’ai pas d’adresse postale où lui écrire, et personne ne répond plus aux mails que je lui envoie. Son numéro de téléphone portable n’est plus attribué, et la Turquie n’est pas un pays rassurant quand un ami y disparait d’un coup dans la nature, sans laisser la moindre trace. Alors j’ai fait traduire la phrase en turc, celle qu’Ahmet avait recopiée de mémoire à l’intérieur de mon cahier : « Quand nous lisons une histoire, nous l’habitons.» Je trouve que c’est une belle citation, j’avais envie de la partager ici. Parce qu’elle ressemble à l’image que je me suis fabriquée de John Berger. Elle vient d’un livre que je n’ai pas lu, Fidèle au rendez-vous.

386672_2495929711637_625308118_n

Ahmet Ergul

Il ne faut pas que l’absence de John Berger devienne un terrain vague et nostalgique. Son nom et son visage sont maintenant liés à l’inquiétude que j’éprouve pour mon ami Ahmet Ergul en Turquie. Alors je cherche parmi les livres. Dans une enveloppe au milieu des romans, je retrouve des articles de John Berger que j’avais découpés dans la presse. Le dernier date de juillet 2012, dont je n’ai pas oublié la force de refus qu’il y avait inscrite : « Protester, c’est refuser d’être réduit à un zéro et à un silence forcé.» Rappeler les mots de John Berger est encore plus nécessaire cinq ans après. L’article portait un très long titre — Écrire pour être témoin de son temps et refuser une tyrannie sans visage — et essayait de décrire la tyrannie mondiale actuelle. Il avait paru dans Le Monde, à l’occasion d’une lecture-performance que John Berger donnait au festival d’Avignon. A plusieurs reprises, il y parlait d’Arundhati Roy dont il citait différents textes. Je ne sais pas si Ahmet avait pu lire aussi la romancière indienne. Ses écrits politiques étaient devenus importants, et ils m’avaient ouvert les yeux sur plusieurs luttes menées par les plus pauvres en Inde. En particulier sur les guérillas naxalites, dans plusieurs régions du Bengale où des paysans ont pris les armes.

arundhati_roy

Arundhati Roy

John Berger ne donne pas la source des textes d’Arundhati Roy dont il a recopié trois beaux passages à l’intérieur son article. Tant pis, mais je veux partager moi aussi les questions que la romancière enchainait. Je les trouve lumineuses. Et nécessaires à ceux qui veulent continuer de lutter : « La question qui se pose réellement ici est celle-ci : qu’avons-nous fait à la démocratie ? En quoi l’avons-nous transformée ? Que se passe-t-il une fois qu’on a épuisé la démocratie ? Quand l’a-t-on vidée de l’intérieur et de son sens ? Que se passe-t-il quand chacune de ses institutions s’est métastasée en quelque chose de dangereux ? À quel moment la démocratie et l’économie de marché ont-elles fusionné en un organisme prédateur dont l’imagination étroite, indigente, se limite à graviter presque entièrement autour de l’idée de maximiser le profit ? Est-il possible de renverser ce processus ? Une chose qui a muté peut-elle revenir à son état initial ? »