Journal de lutte, jour 27 : 115 jours de prison pour Asli Erdoğan

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Clotilde Hesme lisant Le Bâtiment de pierre, d’Asli Erdogan, au théâtre de la Bastille. 

À force, compter les jours d’emprisonnement dans ce journal de lutte devient de plus en plus comme une brûlure qui ne veut pas cicatriser. Le rappel que c’est intolérable, cette déchirure dans nos journées, ce lent travail de pourrissement par les nouveaux fascismes qui encerclent l’Europe. Compter les jours est devenu le plus simple des partages. Ce décompte que fait l’épouse d’un prisonnier, la mère dont on a condamné le fils aîné, jour après jour. Je veux m’arrêter de compter, vite.

Samedi 10 décembre 2016, c’était le cent-quinzième jour de prison pour Asli Erdoğan et à Paris, sur le plateau du théâtre de la Bastille, une femme venait pour lire Le Bâtiment de pierre. Quand nous avions lancé cet appel, Ricardo et moi, nous n’imaginions pas qu’un mois après, de Montréal à Tunis et de Lausanne à Brest, les lectures allaient se multiplier à travers les continents. Personne n’a pris le temps de compter ces gestes de solidarité. Personne ne veut compter les jours, les lieux où désormais résonnent les mots de celle qu’on a jetée en prison.

Et Clotilde Hesme est venue dans la lumière du théâtre. Un livre à la main, un petit livre jaune d’Actes Sud. Elle n’a rien dit. Elle s’est avancée devant nous, seule, silencieuse en attendant le silence. Elle a ouvert le livre à la première page, et nous a lu les premières lignes d’un livre qui porte en lui un danger, celui de ces prisons dont l’ombre nous menace. C’est aussi simple. Et parce que Clotilde Hesme est comédienne, et parce qu’il y a une magie dans le dispositif d’un théâtre, dans la présence d’un corps debout qui va parler, les mots d’Asli  Erdoğan ont pris la parole. Dans la bouche de Clotilde Hesme, un par un comme s’ils étaient des pierres, les mots du Bâtiment de pierre se sont mis à peser de tout leur poids devant nous.

Combien sommes-nous à croire au sortilège du théâtre quand un seul corps est venu l’incarner sous nos yeux ? Cernée des ombres noires de la scène, le corps de l’écrivaine emprisonnée à Istanbul venait renforcer le corps de la comédienne debout dans sa parole, au milieu de Paris devant nous. Je ne sais pas comment opère le sortilège. Je regardais le fin visage de Clotilde Hesme, taillé dans la matière de la lumière, je regardais les lèvres de Clotilde Hesme prononcer les mots d’abord écrits en turc, les mots qu’il a fallu traduire en français pour qu’ils nous parlent, et dans cette suite d’opérations où l’écriture se transforme en parole, c’était le corps d’une comédienne qui nous donnait le résultat de tout ce processus.

Les lèvres et les poumons de Clotilde Hesme, la comédienne, nous apportaient le sang vif d’Asli Erdoğan, l’écrivaine emprisonnée. Son art du récit était pour nous, qu’elle déposait sur le plateau nu d’un théâtre où nous faisions silence. Presque une cérémonie pour conjurer l’emprisonnement. La dignité d’un corps de femme debout dans la lumière, tendu à l’intérieur d’une voix si claire, d’une parole simple et humaine qui nous donnait les mots d’une parole menacée.

C’est difficile de raconter un sortilège. Il faut tout l’art du romancier ou du conteur. Je ne sais pas comment faire, pour raconter la voix humaine de Clotilde Hesme, quand elle apporte à nos pieds la parole menacée d’Asli Erdoğan. Le corps solaire de la comédienne venu porter le corps fragile et souffrant d’une écrivaine aux prises avec les prisons de l’Etat turc où elle essaie de vivre. L’étrange métamorphose de la langue turque venue couler entre les lèvres de Clotilde Hesme.

Au moins puis-je raconter un secret. Celui que la comédienne n’a pas livré à ceux qui l’écoutaient, ce soir de décembre à Paris. Les mots d’Asli Erdoğan, Clotilde Hesme les a reçus de Patrice Chéreau, l’année de sa mort en 2013. Un peu comme une offrande qu’on fait quand on s’en va. Lui voulait que ce soit ses lèvres à elle qui viennent lui lire les mots d’Asli, sur le plateau nu d’un théâtre où tous deux travaillaient d’arrache-pied. Parce que Chéreau travaillait d’arrache-pied. Parce que la voix de Clotilde Hesme avait la force de dire un si beau texte, qui nous raconte l’ombre des prisons dans nos vies.

Comment remercier celle qui dans Paris nous a porté les mots de celle qu’on emprisonne ? L’art du théâtre a cette puissance. Et dans cet art habite le corps debout d’une comédienne miraculeuse, celle qui lisait les mots d’Asli à Chéreau, dans l’année de sa disparition.

Journal de lutte, jour 25 : 113 jours de prison pour Asli Erdoğan

C’était à Montreuil, le jeudi 8 décembre 2016. Un hommage à Asli Erdoğan, à l’intérieur d’une librairie dont je me souvenais, pour y avoir trouvé il y a longtemps les livres de Pasternak. C’était une autre vie où je passais plus souvent par Paris, quand le quatuor des poètes russes commençait à m’emporter dans ses visions écrites du grand drame soviétique. Ce jeudi soir, une lecture des textes d’Asli Erdoğan devait avoir lieu au début de la nuit et c’était un hommage, juste avant la remise du prix Folies d’encre à Nagar Djavadi pour son dernier roman, Désorientale.

IMG_4278.jpgAu fil des ans, Pasternak est devenu un auteur-monument dans mes lectures et à Montreuil, Folies d’encre  était resté le gisement de Ma sœur la vie et du Docteur Jivago. J’y revenais donc le cœur battant, en espérant avoir le temps d’y repérer le livre de Niroz Malek, Le promeneur d’Alep, et puis La Maison d’Haleine, dont Marie Huot m’avait parlé dans une lettre. Pas de chance, ils n’avaient ni l’un ni l’autre. Je voulais lire et je n’avais pas de livre dans mon sac. D’autres tentations attendaient sur les tables des jeunes libraires qui conseillaient d’autres lecteurs autour de moi, et j’ai fini par embarquer Les Portes du néant, un livre d’avril 2015 où Samar Yazbek raconte ses trois voyages en enfer dans la région d’Idlib, à l’intérieur d’une Syrie dévastée. De quoi lire au café en attendant l’heure d’Asli tout à l’heure. Tromper mon impatience avant de venir écouter les mots qu’elle a écrits à Istanbul, seule, donnant l’alerte avant d’être jetée en prison.

Depuis qu’on a lancé cet appel à lire partout les textes d’Asli Erdoğan, je n’ai pas réussi à assister à une lecture. Trop mal organisé, trop loin de Perpignan, d’Ajaccio ou de Belfort, où les premières lectures avaient eu lieu. Alors ce soir, à Folies d’encre pour moi c’est une première. Les libraires ont eu la bonne idée d’inviter Bülent Gündüz, un cinéaste kurde réfugié en France depuis 2001, qui a réalisé Kurdistan, Kurdistan, son dernier film qui a reçu de nombreux prix. C’est lui qui racontera l’histoire d’Asli en expliquant ce qui se passe au Kurdistan et en Turquie. Tant mieux : écoutons ceux qui savent. Et dans la librairie les yeux s’ouvrent. Je crois qu’il y a de l’effroi dans tous ces regards qui apprennent. Qu’il y a aussi la voix profonde de Jean-Marie Ozanne, le fondateur des librairies Folies d’encre qui sont à elles seules une aubaine en banlieue. Sa voix résonne pour raconter l’écriture d’Asli, l’urgence de lire ses livres. Un libraire en action et la librairie s’est remplie. Beaucoup de monde est venu écouter les Fabulous lecteurs de Montreuil. Ils sont cinq. Cinq voix. Hommes et femmes assis dans l’escalier de doite qui mène jusqu’au troisième niveau. Cinq à lire à tour de rôle des phrases qui empoignent. Je ferme les yeux pour écouter leurs voix, entendre aussi les mots d’Asli que j’ai tant lus et relus, depuis un mois.

15356692_1304799412896981_3962537676027750537_nJe sens qu’en moi coule une colère qui a déjà ravagé mon sommeil et mes heures d’écriture. Une mauvaise colère,  beaucoup trop depuis deux ou trois jours. Je n’arrive plus à l’empêcher. Parfois elle m’empoisonne et ma voix tremble, contaminée, impossible à retenir. Quand je parle avec Bülent, je sens que la colère envenime chacune de mes phrases. Plus j’apprends à connaître l’écriture et la vie d’Asli, et plus j’enrage à l’idée qu’elle soit emprisonnée. Déjà 113 jours de prison pour avoir raconté ce qu’ont pu faire les Forces spéciales de la police turque dans les villes kurdes du sud-est, et la menace de ce procès pour lequel, les procureurs d’Istanbul ont réclamé la prison à vie.

Parmi tous ceux qui sont venus écouter, un ami d’Asli, Fabien Tehericsen. Lui aussi est venu de Paris pour prendre des nouvelles de son amie emprisonnée, il porte une chemise rouge et compose une musique inclassable, tissée de jazz et de musique contemporaine ou afghane. Depuis un mois, c’est une réalité que j’ai pu comprendre : Asli a des amis magnifiques, sur tous les fronts, des amis en lutte mais aussi des ennemis. Les ennemis d’Asli sont de la pire espèce, ils sont armés, ils sont nombreux et puissants, ils portent l’uniforme de la police ou de l’armée, ils siègent à l’intérieur des ministères, dans les bureaux d’abrutissement de l’AKP, le parti au pouvoir en Turquie.

Et nous, regardez-nous, nous n’avons que nos livres pour faire face. Nos pauvres livres de rien du tout. Nous sommes comme des enfants rassemblés face aux gardiens de leur prison, sous la surveillance des sales politiciens qui ont asservi les grands médias. Nous pouvons crier alors nous crions. Nous essayons d’apprendre à nous défendre face à ce qui surgit maintenant en Turquie, en Syrie, ce nouveau fascisme qui dispose d’armes et de technologies de surveillance d’une telle sophistication qu’elles permettent des génocides d’un nouveau genre. Des génocides assistés par ordinateur, organisés pour échapper au regard, pour empêcher les récits d’apparaître. Comment affronter ? Nous sommes comme des enfants perdus et enragés, prêts à toutes les bagarres pour démanteler les prisons du nouveau fascisme en Turquie.

 

Journal de lutte, jour trois : 91 jours de prison pour Asli Erdoğan

« La drôle d’allure de nos petites batailles », avait écrit Thomas Vinau. Dans le septième poème du petit livre bleu, c’était la toute première phrase et ce matin, elle étincelait sur la table où j’écris. Bleu de travail, drôle de titre ! Celui d’un livre de poèmes qui charrient leur pesant de pépites outremer entre les deux mains du lecteur. De l’or bleu, j’ai envie de vous dire, fondu dans la langue des poèmes que Thomas a dédiés, à l’avant-dernière page du recueil, à ceux qui travaillent avec le ciel pour nous tenir debout. À Thierry Metz aussi, poète et maçon, à beaucoup d’autres poètes de rien dont les noms font une jolie petite liste d’alliés substantiels, d’Erri de Luca et Mario Rigoni Stern à Chet Baker, le dernier nom tout en bas de la liste.

Tout d’un coup, au milieu du septième poème du livre bleu, page 15 exactement, Thomas Vinau pose une question qu’on ne peut pas esquiver : « Avez-vous déjà, dans les feux glaciaux du matin, ramassé la buée qui s’échappait du bec d’une buse ? » J’ai quand même réfléchi un moment juste avant de répondre. Longtemps, c’est vrai, j’ai habité une vallée où les buses traversaient le plein ciel en lançant un cri fou que personne n’oubliera. Un cri d’oiseau qui ressemblait à une alerte magdalénienne. Mais ma réponse est non. Au risque de décevoir Thomas, de toute ma vie jamais je n’ai pensé à ramasser la buée qui s’échappait du bec d’un rapace. Encore moins dans les feux glaciaux du matin, je vous avoue. J’en étais triste. Je repensais à l’amitié des oiseaux que j’avais désirée plus d’une fois, dans la forêt qui commençait juste au bout du jardin. Et puis j’ai pensé à Asli Erdoğan, à ce qu’elle écrivait aux prisonniers politiques pour répondre à leurs lettres. C’était avant qu’elle ne soit jetée en prison elle aussi. Elle commençait par aller ramasser un coquillage, une plume, une pomme de pin qu’elle glissait à l’intérieur d’une enveloppe, avec sa lettre où elle venait juste d’écrire qu’elle leur envoyait la mer, le ciel et la terre. Romancière magicienne. Je me suis dit qu’Asli était ce genre de femme, précisément, capable de ramasser la buée tout juste échappée du bec d’une buse.

1472926940000Et puis je me suis rappelé qu’en Turquie, manque de chance, le président de la République  était ce genre de criminel qui enfermait les romancières magiciennes. Surtout si elles lançaient un cri d’alerte en plein ciel. Un salaud, aurait dit Sartre. Et moi je dis une pourriture. Une saloperie absolue de vouloir empêcher une femme pareille de ramasser la buée qui s’échappait du bec d’un oiseau. Le président de la Turquie avait emprisonné la femme qui envoyait la mer, le ciel et la terre aux prisonniers oubliés. Maintenant, la colère m’empêchait de continuer à lire les pépites des poèmes de Thomas. Je me suis dit qu’il nous fallait combattre cette pourriture politique, l’empêcher d’exister une fois pour toutes, lui faire bouffer sa haine qui veut emprisonner et bâillonner tous ceux des écrivains et journalistes ayant tenté, en Turquie, d’empêcher que l’armée et la police de leur pays servent à massacrer la première minorité du pays. Comment combattre une pareille pourriture ? Thomas Vinau avait raison, quand il écrivait « la drôle d’allure de nos petites batailles ». Comment dire mieux ce qu’on fabrique ici, dans les théâtres, au fond des librairies, à lire les petites phrases humaines, trop humaines d’une romancière emprisonnée ?

En Turquie aujourd’hui, la seule pourriture qui mérite la prison à vie a été élue président de la République. Aucun ministre turc, aucun député turc n’a encore songé à ordonner que la police vienne l’arrêter dans son palais d’Ankara, le jette au fond d’une cellule où il pourra compter les jours et réfléchir aux vies et aux familles qu’il a brisées par dizaines de milliers. En quelques mois, et sous prétexte d’un coup d’Etat avorté, Recep Tayyip Erdoğan a transformé l’appareil d’Etat turc en machine infernale qui, au lieu d’administrer et de rendre justice, répand seulement le malheur et la peur dans un pays déjà bien éprouvé.

Alors que pouvons-nous y faire, si loin d’Istanbul, si loin d’Ankara ? Deux jours avant, nous avons lancé un appel. Et maintenant nous avons une bataille à mener. Non seulement nous exigeons qu’Asli Erdoğan puisse sortir de prison. Mais nous voulons qu’à sa place, on y jette l’immonde pourriture politique qu’incarne Recep Tayyip Erdoğan, élu sur un mensonge et devenu le chef suprême des assassins professionnels et fanatiques. Nous sommes nombreux face à l’immonde pourriture présidentielle d’Ankara. Nous sommes des milliers, à travers l’Europe et la Turquie, à demander qu’au lieu de nuire à son pays, le despote aille croupir en prison jusqu’au jour de sa mort.

15056250_10210735372358471_623445787230552295_nEt mercredi 16 novembre, dans un train quelque part en Europe, à l’heure où on part travailler, Ludivine Joinnot déposait des morceaux de papier sur les sièges des passagers. Dans l’express inter-cités de Charleroi, en Belgique et dans les feux glaciaux du matin, une jeune poète déposait à l’attention des passagers des phrases d’Asli Erdoğan qu’elle avait recopiées à la main.

Contre la sinistre laideur d’emprisonner une romancière quelque part en Turquie, la beauté ripostait là où personne n’avait imaginé qu’on puisse empêcher la laideur politique d’étendre encore un peu son empire dans nos vies. C’était beau et violent. À lui seul, le geste de Ludivine portait l’invention d’une insoumission imprévue, d’une révolte impossible à prévoir ni même à contrôler. La force d’effraction de la littérature venait de s’incarner dans le simple geste d’une femme seule, quelque part dans un train. Et ce geste était un geste de résistance. De grande beauté aussi à partager.

« Acte 1, a écrit Ludivine. Abandon d’extraits de son roman Le Bâtiment de pierre dans les trains. Toi, tu es resté au beau milieu d’une phrase que l’aube n’a pas pu t’arracher. Avec dans tes yeux un scintillement cendré. Tu as allumé la dernière bougie de ta résistance et tu l’as offerte à l’aube. »

Le même jour, pas très loin de Charleroi, Dominique Moreau Sainlez, professeur à l’école d’art de Tournai, annonçait qu’elle lirait des textes d’Asli Erdoğan à ses étudiants de licence. C’est encore un geste incroyablement simple, élémentaire. Un geste profondément politique que nous pouvons, nous, citoyens d’une Europe encore démocratique, décliner chacun à notre manière, en inventant une manière de dire Non ! Non et non, maintenant c’est terminé. En imaginant une manière inédite de refuser l’incarcération d’Asli et des milliers de prisonniers politiques turcs dont elle n’avait jamais cessé, seule elle aussi, de prendre la défense en écrivant dans les journaux.

Alors on continue d’inventer. Comme inventent les romanciers, les auteurs de théâtre, les paroliers de chansons-pour-la-joie-de-chanter-dans-les-rues, les poètes obstinés à construire un monde qui serait un refuge et non plus un enfer. Et le même jour, le mercredi 16 novembre 2016 qu’Asli Erdoğan allait passer dans la prison des femmes de Bakirköy, n’oublions pas, le Conseil Permanent des Ecrivains a écrit une lettre au président de la République, dans son palais de l’Elysée : « Puissent nos mots, ceux des auteurs réunis au sein du Conseil Permanent des Ecrivains, mais également ceux des nombreux pétitionnaires et individus indignés par le sort fait aux journalistes, pamphlétaires, dessinateurs emprisonnés injustement à travers le monde, être entendus et respectés : nous demandons la libération immédiate d’Asli Erdoğan et de Necmiye Alpay. » Le même soir, la ministre de la Culture et de la Communication déclare, dans un entretien pour Livres Hebdo, qu’elle juge « intolérable » la détention d’Asli Erdoğan.

C’était « la drôle d’allure de nos petites batailles » qui continuait. Et ça continuerait encore les jours suivants, en novembre 2016 et peut-être en décembre, jusqu’à la libération et l’acquittement d’Asli Erdoğan. Le soir, Ricardo Montserrat était venu m’écrire une petite phrase d’espoir sur mon mur. Une phrase que je n’ai pas envie d’oublier. Pas tant que la lutte n’aura pas abouti, victoire de tous ceux qui auront transformé les écrits d’Asli Erdoğan en paroles d’éspoir. Lui, l’ami rusé qui avait combattu Pinochet dans les rues de Santiago-du-Chili, il avait juste écrit Allez. Encore un effort. La clé est en train de tourner dans la serrure.

J’adorais ces trois phrases. Elles ressemblaient à un drapeau planté en haut d’une barricade.