
★ Autodafé d’«Être sans destin», le roman d’Imre Kertész, lors de la seconde édition de la «Nuit de la Purification», qui s’est tenue à Budapest et dans une trentaine de villes hongroises.
Face aux machines de mort des extrêmes droites en Europe, nous ne sommes pas prêts à faire face et encore moins à riposter. Aujourd’hui, il nous faut des livres qui affrontent, des livres capables de combattre une pensée faite avant tout pour décimer et massacrer. Des livres dissidents, capables de contrer les ravages d’idées néfastes et d’engager leur destruction de toute urgence. Des livres contre Kadyrov et Poutine, contre Orban en Hongrie et Aliev en Azerbaïdjan, contre ces partis qui font de l’exilé un ennemi public. Des livres prêts à défendre la possibilité de vivre ensemble sans tyrannie, dans le refus des propagandes, des livres de résistance aux haines organisées en partis, des livres bâtis sur une humanité irréductible, des livres pour incendier les peurs qu’alimentent sans relâche nos écrans et nos journaux.
Ces livres existent, mais savons-nous encore qu’ils existent ? Qu’ils sont déterminants dans la bataille qui se joue maintenant dans nos vies ?
En premier lieu, je pense à un texte de Vaclav Havel, Le Pouvoir des sans pouvoir. Ce texte s’inspire en grande partie des idées d’un philosophe, Jan Patočka. Ces idées étaient notre héritage, que nous n’avons pas eu le courage de défendre, «une aspiration à tenir ferme dans l’ouragan du temps». Pour Patočka, l’acte de résistance appartient à la communauté des ébranlés, ces hommes capables d’exercer pleinement leur liberté d’homme parce qu’ils ont su rompre avec la peur au quotidien.
Nous avons peur et la peur nous isole. Nous ne lisons pas les livres qui auraient ce pouvoir de métamorphoser la peur en volonté de combattre la haine, la vieille haine attisée maintenant par la résurrection accélérée des fascismes. « Il ne faut pas prendre la peur dont je parle dans le sens psychologique courant, disait Havel, à savoir comme une espèce d’émotion concrète : en général, nous ne voyons pas autour de nous des gens tremblant de peur, mais des citoyens à l’allure satisfaite et confiante. Il s’agit d’une peur plus profonde, qui a un sens éthique : une participation plus ou moins consciente à la conscience collective d’un danger permanent et omniprésent, un souci constant pour ce qui est ou pourrait être menacé… »
Parmi ces livres dont nous avons besoin pour affronter les extrêmes droites, il y a l’ouvrage de Nuruddin Farah, Hier, Demain, racontant les vies de ceux qui ont fui la Somalie. Il y a certains poèmes d’Akhmatova et Mandelstam, les Ecrits politiques de Vaclav Havel et les reportages d’Anna Politkovskaïa, les « Souvenirs oubliés » de Raúl Rivero et les articles de Boualem Sansal, . Ils sont nombreux ces livres, plus nombreux qu’on ne croit et on peut encore rajouter Être sans destin, d’Imre Kertész et le Joseph Anton, de Salman Rushdie. A nous de les rendre vivants. D’en faire des livres vibrants face à l’agonie politique qui ne cesse pas d’étendre son emprise au creux de nos vies menacées.
Bonjour Tieri Briet
Je découvre le poème bouleversant (mais surtout très beau et c’est tout) de M. Hassan Yassin, que vous citez dans votre billet sur la rue Pajol. J’habite moi aussi pas très loin. Je voudrais mettre ce poème en musique, pour un projet que je prépare avec la chanteuse Clotilde Rullaud, intitulé « Fleurs Invincibles ». Y a-t-il moyen de contacter l’auteur de ce poème, pour lui en demander l’autorisation ? Merci d’avance pour tout renseignement. Bien cordialement (et solidairement) Tristan Macé.